L’état de conservation des Pies-grièches est étroitement lié avec l’état de leurs habitats. En France, la Pie-grièche écorcheur est classée « quasi menacé », tandis que la Pie-grièche à poitrine rose est « en danger critique d’extinction », et ne niche plus sur le territoire depuis 2019.
La connaissance de leur biologie et de leurs exigences écologiques est primordiale pour cibler les actions de conservation à mener.
Comment reconnaître la Pie-grièche grise?
La plus grande des Pies-grièches
La Pie-grièche grise mesure entre 22 et 26 centimètres. Elle arbore un plumage gris perle de la calotte au dos, qu’elle sublime avec un masque, ses ailes et sa queue noir, et son ventre blanc. Chasseuse d’affût, elle capture insectes et micro vertébrés comme le Campagnol des champs, quelle empale fréquemment sur des lardoirs naturels ou non.
Viser le nord
La population nicheuse d’Europe de Pie-grièche grise s’étend de l’extrême nord du continent jusqu’en France. Les plus grandes populations se trouvent en Finlande, en Roumanie et en Pologne. En France, on retrouve la population la plus importante dans le Massif central, bien qu’on puisse aussi l’observer dans le nord-est.
Où migre-t-elle ?
Les populations nordiques de la Pie-grièche grise viennent en hiver en France, tandis que les populations françaises ont tendance à être sédentaires.
Son statut de conservation
La Pie-grièche grise compte entre 1 550 et 3 015 individus dans le Massif central (plus de 80% de la population nationale), ainsi qu’une centaine dans le nord-est de la France. Elle est considérée comme en danger (EN) par l’UICN.
Comment reconnaître la Pie-grièche écorcheur ?
Porte-étendard de la famille
La Pie-grièche écorcheur est la plus répandue des cinq espèces en France. Le mâle se reconnaît à son manteau brun-roux, à sa tête grise ornée d’un masque facial noir bien marqué et à la partie inférieure du corps rosée. La femelle présente des couleurs plus ternes.
Une large aire de répartition
Inféodée aux milieux semi-ouverts, la Pie-grièche écorcheur fréquente des zones présentant trois caractéristiques principales : la présence de perchoirs naturels ou artificiels lui permettant de chasser à l’affût ; des espaces ouverts suffisamment diversifiés sur le plan floristique pour assurer une ressource alimentaire abondante ; et des haies ou buissons épineux servant à la fois de lardoirs et de sites de nidification. Elle apprécie particulièrement les parcelles enherbées avec des variations de hauteur de la végétation, favorables aux insectes et à leur détection.
Où migre-t-elle ?
Les oiseaux européens convergent vers la Grèce et ses îles, puis gagnent l’Afrique du Nord par l’Égypte ou la partie orientale de la Libye. Les zones d’hivernage se situent en Afrique de l’Est et en Afrique australe, où l’espèce séjourne jusqu’au début du printemps.
Son statut de conservation
La Pie-grièche écorcheur compte entre 244 100 et 752 000 couples en France et est considérée comme quasi menacée (NT) par l’UICN.
Comment reconnaître la Pie-grièche à tête rousse?
une jolie casquette rousse
Cette pie-grièche est reconnaissable à sa calotte rousse bien marquée, en plus du masque noir commun aux autres espèces. Les scapulaires blanches (plumes recouvrant l’épaule) forment un V caractéristique. Principalement insectivore, elle chasse aussi bien à l’affût qu’en plein vol.
où l'observer ?
La Pie-grièche à tête rousse occupe deux types d’habitats dans le domaine méditerranéen : des garrigues et maquis ouverts, avec des zones de chasse souvent entretenues par le pâturage ovin, ainsi que des milieux agricoles collinéens mêlant vignes, vergers, garrigues et boisements. Elle peut également coloniser rapidement des sites après incendie. Hors zone méditerranéenne, elle fréquente des paysages de vergers et de bocages riches en arbres hauts et en arbres isolés, avec des prairies pâturées.
où migre-t-elle ?
La Pie-grièche à tête rousse fréquente la France lors de la période de nidification d’avril à août, avant de repartir dans sa zone d’hivernage dans la ceinture sahélienne, s’étendant du Sénégal à l’Erythrée sur le continent africain.
Son statut de conservation
La Pie-grièche à tête rousse compte entre 3 190 et 5 455 couples en France et est classée comme vulnérable (VU) selon la Liste Rouge Nationale de l’UICN.
Comment reconnaître la Pie-grièche méridionale?
une touche de rose
La Pie-grièche méridionale présente un plumage gris similaire à celui de la Pie-grièche grise, mais se distingue par sa poitrine et ses flancs rose lilas. Généraliste, elle capture essentiellement des invertébrés, mais peut aussi s’attaquer à des passereaux et à de petits reptiles.
où l'observer ?
L’habitat de la Pie-grièche méridionale varie avec l’altitude : à basse altitude, elle occupe des zones agricoles, souvent viticoles, avec des prairies ou des friches, ainsi que les coussouls de la plaine de Crau. Entre 100 et 600 m, elle fréquente des garrigues basses dégradées, souvent en zones incendiées, et utilise les aménagements DFC (Défense des Forêts Contre l’Incendie). Au-delà de 500 à 600 m et jusqu’à environ 1 100 m, elle se rencontre dans les pelouses sèches, les landes et les agrosystèmes à élevage ovin.
La plus casanière
Les populations de Pie-grièche méridionale sont principalement sédentaires. Leur période de nidification commence à partir de mars.
son statut de conservation
La Pie-grièche méridionale compte entre 764 et 1 272 couples en France et est considérée comme en danger (EN) par l’UICN.
Comment reconnaître la Pie-grièche à poitrine rose?
Portée disparue
Les dernières observations de couples nicheurs de Pies-grièches à poitrine rose en France remontent à 2019. Elle se reconnaît à la teinte rose pâle de ses parties inférieures. Elle arbore un dessus bleuté, particulièrement contrasté chez les mâles, ainsi qu’un miroir alaire visible à la base des rémiges primaires (taches blanches sous les longues plumes des extrémités des ailes). Elle capture ses proies, essentiellement des insectes, au sol et parfois en plein vol.
où l'observer ?
En France, la Pie-grièche à poitrine rose fréquentait des milieux avec grands arbres, sols nus ou pelouses rases, associés à des zones riches en nourriture (prairies, friches, fossés). Les vignes et surfaces enherbées étaient essentielles pour maintenir l’entomofaune dont elle se nourrit.
où migre-t-elle ?
Toutes les populations nicheuses d’Europe entament en août de longues migrations (jusqu’à 11 000 km deux fois par an) pour rejoindre leur zone d’hivernage dans l’ensemble de l’Afrique australe. C’est l’une des plus longues migrations connues chez un passereau.
son statut de conservation
Autrefois largement répandue sur le territoire national, la Pie-grièche à poitrine rose ne compte plus aucun couple nicheur en France depuis 2019 et est considérée comme en danger critique d’extinction (CR) par l’UICN.
Quelles menaces pèsent sur les Pies-grièches ?

Des habitats en perdition
Les pies-grièches déclinent fortement en raison de la disparition de leurs habitats, surtout en zones agricoles de plaine. L’intensification agricole, la suppression des haies, vergers et prairies, ainsi que la fermeture des milieux liée à l’abandon du pastoralisme réduisent les milieux semi-ouverts essentiels. L’urbanisation, les infrastructures et certains projets d’énergies renouvelables accentuent cette perte et fragmentent les populations.
Perturbables pies-grièches
Les pies-grièches sont sensibles aux divers dérangements anthropiques, particulièrement lors de la période de nidification. Les travaux d’entretien, tels que la taille des haies et l’écobuage, peuvent conduire à un échec de reproduction. Ces pratiques sont conjointement liées à la destruction des habitats, comme la gestion par le feu des végétations dans les fossés.
Diminution des ressources trophiques
Les pies-grièches souffrent d’une baisse de leurs ressources alimentaires, liée au déclin des insectes. Ce déclin est en grande partie dû à l’intensification des pratiques agricoles, incluant l’usage des pesticides et l’homogénéisation des paysages. Les antiparasitaires utilisés en élevage, qui impactent les insectes coprophages, aggravent probablement ce phénomène.
Dérèglement climatique
Le dérèglement climatique représente une menace pour plusieurs espèces de pies-grièches, notamment la Pie-grièche grise, qui pourrait voir son aire de nidification fortement se réduire, jusqu’à disparaître d’Europe de l’Ouest.

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