Découvrez les enjeux et les acteurs de la déclinaison régionale du PNA pies-grièches en région Grand Est !
Quelle est la situation actuelle ?
Pie-grièche grise
Avec moins de 40 couples recensés lors des derniers inventaires (période 2021–2024) sur ses principaux secteurs de présence historique, la situation de la Pie-grièche grise a atteint un seuil critique en période de reproduction. Le déclin, engagé depuis plusieurs décennies (300-400 couples au début des années 90, 88-136 couples en 2009, Lefranc & Paul, 2011), se confirme ces dernières années : par exemple, le fief de l’est de la Moselle (Pays de Bitche) a disparu en à peine six ans, passant de 15 couples en 2016 à aucun en 2022. Une perte vertigineuse, qui fait écho à l’extinction déjà documentée dans le secteur de Saint-Dié-des-Vosges (Lefranc, 2010).
Désormais, l’espèce est devenue extrêmement rare en dehors de l’ouest des Vosges, dernier bastion où elle parvient encore à se maintenir.
En période hivernale, des individus originaires de régions septentrionales de l’Europe viennent profiter de conditions climatiques plus clémentes en Grand Est. Lors de l’hiver 2024-2025, une enquête participative donna un effectif d’un peu plus de 100 individus (LPO Champagne-Ardenne, ReNArd, LOANA, LPO Alsace, 2025).
Pie-grièche à tête rousse
D’après les derniers relevés (période 2022–2024) réalisés sur ses principaux secteurs de présence historique et potentielle, la Pie-grièche à tête rousse compte une population estimée entre 60 et 80 couples en Grand Est. Son habitat de prédilection se compose de prés-vergers et de pâturages parsemés de majestueux arbres champêtres. Cette espèce présente en effet une forte dépendance à la présence de troupeaux (équins, bovins et ovins). Les dernières populations fonctionnelles se situent dans le sud Toulois (Meurthe-et-Moselle) et autour de Langres (Haute-Marne). Son déclin est tout aussi marqué : on observe une réduction de son aire de répartition, ainsi qu’une diminution de sa densité, avec la disparition de certains noyaux de population sur plusieurs zones (Alsace Bossue, Côtes de Meuse).
Pie-grièche écorcheur
Pour sa part, la Pie-grièche écorcheur est largement répandue. Des suivis menés sur la plupart des ZPS champardennaises démontrent une stabilisation des effectifs. Derrière cette dynamique en apparence rassurante, se cache néanmoins des régressions localisées liées à la perte d’habitats (retournement de prairie, disparition ou entretien excessif des petits ligneux) et une fragmentation de l’aire de répartition, entrainant un isolement de certains cantonnements et une plus grande vulnérabilité.
Pie-grièche à poitrine rose
La dernière preuve de reproduction certaine de la Pie-grièche à poitrine rose en Grand Est remonte à la saison 1975. Depuis, les observations sont très exceptionnelles ; celle d’un couple mixte avec une femelle de Pie-grièche à tête rousse en 2016, en Lorraine, l’est encore davantage (Lefranc, Brunet & Schreiber, 2017).
Habitats types des pies-grièches dans le Grand Est
Quelles actions sont menées ?
Renforcement de la qualité paysagère des milieux – projets trames verte et bleue
L’abandon des vergers séculaires, les aléas climatiques et certains errements liés à l’évolution des pratiques agricoles du milieu du XXème siècle ont fortement fragilisé une composante essentielle d’un territoire de pies-grièches : le ligneux (haie et arbre champêtre) qui constitue le support indispensable au nid.
C’est à des fins de renouveler et renforcer l’existant, ainsi que de réintroduire du végétal là où il a disparu, qu’ont été menés plusieurs projets de trames verte et bleue. À la clé, plusieurs centaines d’arbres fruitiers plantés, quelques dizaines de km pour les haies auxquels viennent s’ajouter des arbres champêtres et des mares.
Valorisation de la synergie entre les activités agricoles et la présence de pies-grièches – Ecolabel et Biodiv’Pâture
L’écolabel « chouettes vergers pour nos pies-grièches », lancé il y a plus de 5 ans sur le territoire de l’ouest des Vosges, permet la réalisation d’un diagnostic d’exploitation co-construit avec les paysans désireux de mettre en œuvre des actions de génie écologique tout en améliorant la fonctionnalité de leur exploitation et de la gestion de leur troupeau. Ce label regroupe une cinquantaine de contractants, signataires d’une charte de bonnes pratiques. La reconnaissance et la valorisation des pratiques et des engagements des agriculteurs s’effectuent à travers des vecteurs de communication tels des étiquettes apposées sur les produits vendus en circuit court ou des panneaux à l’entrée des exploitations.
En Alsace, le projet transfrontalier Interreg Biodiv’Pâture vise à mettre en place une dynamique et des stratégies de coordination transfrontalières dans la zone Ramsar du Rhin supérieur, centrées sur la réintroduction de divers systèmes de pâturage écologique.

Agir pour la préservation de la ressource alimentaire – Formations sur les traitements antiparasitaires
Cette action, initiée en partenariat avec le Groupement Technique Vétérinaire du Grand Est, est destinée aux éleveurs et aux conseillers en élevage. Son objectif : les sensibiliser aux méthodes de prophylaxie respectueuse à la fois du bien-être animal et de l’environnement. En effet, les adaptations tant du point de vue des molécules utilisées, que de la méthode d’application ou encore de la période et du nombre d’animaux traités, permettent de réduire l’impact sur l’environnement, notamment sur les insectes coprophages. Ces derniers sont indispensables à la décomposition des bouses et, par ailleurs, une ressource alimentaire pour les pies-grièches.
Les modules de formation pour élevage bovins et ovins sont existants.
Assurer la prise en compte des pies-grièches dans les documents de planification territoriale et les projets d’aménagements
Les animateurs du PRA assurent une surveillance des projets, participent aux enquêtes publiques et émettent des préconisations, notamment à travers des synthèses bibliographiques pour des projets de diverses natures. Actuellement, ce sont les projets en agrivoltaïques qui représentent le plus régulièrement un enjeu pour les pies-grièches.
Un accompagnement a également été instauré avec la Collectivité européenne d’Alsace (CeA). Il inclut un travail spécifique de sensibilisation et de formation à destination des différents acteurs impliqués dans les projets d’aménagement foncier pouvant concerner des territoires occupés par des pies-grièches.
Informer et sensibiliser
À la suite de chaque grande vague de recensement, des courriers sont envoyés aux propriétaires de parcelles constitutives des territoires de pies-grièches. Cela représente plusieurs centaines de courriers expédiés.
Ce travail d’information a également été mené à l’échelle des communes.
Références :
LEFRANC N. (2010). Fluctuations et déclin d’une population de Pie-grièche gris Lanius excubitor suivie en région de Saint-Dié des Vosges (88) de 1988 à 2010. CICONIA 34 (1), 5-24.
LEFRANC N. & PAUL J-P. (2011). La Pie-grièche grise Lanius excubitor en France : historique et statut récent en période de nidification. Ornithos 18-5, 261-276
LEFRANC N., BRUNET C., SCHREIBER A. (2017). Un couple mixte Pie-grièche à poitrine rose x Pie-grièche à tête rousse dans les Vosges. Ornithos 24-2, 108-117
LPO Champagne-Ardenne, ReNArd, LOANA, LPO Alsace (2025). Pie-grièche grise (Lanius excubitor), bilan de l’enquête sur la population hivernante en Grand Est, novembre 2024 – février 2025. 32 p.
Contacts

Marie DELIGNY
LPO Champagne-Ardenne (coordination régionale)
Der Nature – Les Grands Parts – D13
51290 OUTINES
marie.deligny@lpo.fr

Guillaume LEBLANC
LOrraine Association NAture (coordination Lorraine)
Le Fort, 55140 Champougny
lorraine_association_nature@yahoo.fr

Delphine LACUISSE
LPO Alsace (coordination Alsace)
1 rue du Wisch
67560 ROSENWILLER
delphine.lacuisse@lpo.fr

DREAL GE
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